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Le Petit poucet

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Title:
Le Petit poucet
Creator:
Tellory
Place of Publication:
Paris
Publisher:
Bernardin-Béchet & Fils, Libraires-Editeurs
Publication Date:

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Source Institution:
Auraria Library
Holding Location:
Auraria Library
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Auraria Library
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LE
PETIT POUCET
ILLUSTRATIONS DE TELLORY
PARIS
BERNARDIN-BECHET & FILS, EIBRAIRE S -EDITEURS
53, QUAI DES GRAKDS-AUGUSTINS. 53.
Imp.Becqnetfr. Paris.


LE PETIT POUCET
11 etait une fois un bueheron et tine bucheronne
qyi avaienl sept enfants, tons garcons; Faine
navait pas dix ans et le plus jeune nen avait que
sept. Ce dernier etait fort petit, et quand il vint
au monde il netait gu6re plus gros que le pouce;
ce qui fit quon Fappela le petit Poucet. Les
bucherons etaient fort pauvres et leurs sept enfants
les incommodaient beaucoup, parce quaucun deux
ne pouvait encore gagner sa vie.
.11 vint une annee tres facheuse et la famine
fut si grande .que ces pauvres gens resolurent de
se defaire de leurs enfants.


Le bucheron, ne pouvant plus nourrir ses sept enfants,
propose a sa femme de les aller perdre dans la foret.


Un soir, que ces enfants etaient couches et que
le biicheron el ait au coin du feu avec sa femme,
il lui dit, le eceur havre de douleur :
Tu vois bien que nous ne pouvons plus
nourrir nos enfants; je ne saurais les voir mourir
dcvant mes yeux, et je suis resolu de les mener
perdre an bois.
Ah, secria la bucheronne, pourrais-tu bien
toi-meme mener perdre tes enfants ?
Cependant, ayant considere quelle douleur ce
lui serait de les voir mourir de faim, elle y
consentit et alia se cpucher en pleurant.
Le petit Poucet ouit tout ce quils dirent, cache
sous Tescabelle de son pere.
11 se leva de bon matin et alia au bord dhm
ruisseau, ou il remplit ses poches de petits cailloux
blancs, et ensuite revint a la maison.


Pendant quils cheminaient dans la foret, le petit Poucet.
semait des cailloux blancs tout le long de la route.


3
On pari it. Its alierent dans une foret fort
epaisse, ou a dix pas de distance on ne se
voyait pas Tun TauIre. Le bucberon se mit a
couper du bois et ses enfanls a ramasser des
broutilles pour faire des fagots.
Xe pere et la mere, les voyant occurs a tra-
vailler, seloignerent par un petit sentier d^tourne.
Lorsque les enfants se virent seuls, ils se mirent
a crier et a pleurer de loute leur force. Le petit
Poucet, qui avail laisse tomber le long du chemin
les petits cailloux blancs quil avail dans sa poche,
leur dit :
Ne craignez point, mes freres, je vous
rarqenerai au logis; suivez-moi.
11s le suivirent, et il les mena jusqua leur
maison par le meme chemin qu'ils etaient venus
dans la foret. Ils noserent dabord entrer; mais


Le seigneur du village envoie aux bucherons dix ecus quil
leur devait il y avait longtemps.


4
ils se mirent tons contre la porte pour ecouter
tout ce que disaienl leur pere et leur mere.
Dans le moment que le bucheron et la buehe-
ronne arriverent chez eux, le seigneur du village
leur envoya dix ecus. Cela leur redonna la vie,
car ces pauvres gens mouraient de faim.
Le bucheron envoya sur Iheure sa femme a la
boucherie.
Lorsqulls furent rassasies, la bucheronne dit :
Helas! ou sont mainlenant nos pauvres
enfants ? ils feraient bonne chere de ce qui nous
reste la.
Nous voila! nous voila! se mirent ii crier
tous ensemble les petils garcons qui etaient ^ la
porte.
Elle courut vite leur ouvrir la porte et leur dit
en les embrassant :


/
Nous voila! se mirent-ils a crier tous ensemble, et la
bucheronne courut bien vite leur ouvrir la porte.


5

Que je suis aise de vous revoir, mcs
chers enfants! vous etes bien las et vous avez
faim.
Ils se mireut a table et mangerent dun appetit
qui faisait plaisir au pere et a la mere.
Ces bonnes gens etaient ravis de revoir leurs
enfants avec eux, el cette joie dura tant que les
ecus durerent; mais lorsque Targent fut depense,
ils resolurent de les perdre encore.
Ils ne purent parler de cela si secretement
quils ne fussent entendus par le petit Poucet, qui
lit son compte de sortir daffaire comme il avail
deja fait; mais, quoiquil se fut leve de bon
matin, il ne put aller ramasser de cailloux, ayant
trouve la porte de la maison fermee a double
tour.
11 ne savait que faire lorsque la bucheronne


Vous £tes bien las el vous avez bien faim, ehers enfants,
leur dit la bucheronne en les embrassant.


6
leur ay ant donne a chacun un raorceau de pain,
il songea quil pourrait se servir de son pain au
lieu de cailloux, en le jetant par miettes le long
du chemin.
Le pere et la mere les menerenl dans Iendroif
de la foret le plus epais et le plus obscur et,
des quils y furent, ils gagnerent un faux-fuyant
et les laisserent la.
Le petit Poucet ne sen chagrina pas beaucoup,
parce quil croyait retrouver aisement son chemin ;
mais il fut bien surpris : les oiseaux avaient
mange toutes les miettes de pain.
Les voila done bien affliges; car plus ils
marchaient, plus ils segaraient et plus ils
senfongaient dans la foret.
La nuit vint, et il seleva un grand vent qui
leur faisait des peurs epouvantables : ils pensaient


Le petit Poueet grimpa au bout dun arbre pour voir sil ne
decouvrirait rien : il vit une petite lueur bien loin.


7
nentendre de tous cotes que les hurlemenls des
ioups qui venaient a eux pour les manger.
Le petit Poucet grimpa au bout dun arbrc pour
voir sil ne decouvrirait rien; il vit une petite
lueur comme dune chandelle, mais qui 6tait bien
loin par dela la foret; i! descendit de Iarbre et
lorsquil fut a terre il ne vit plus rien.
Cependant, ayant marche quelque temps avec
ses freres du cote quil avail vu la lumiere, il la
I
revit en sortant du bois ; ils arriverent enfin a la
maison oii etait cette chandelle.
Us heurterent a la porte, et une bonne femme
vint leur ouvrir.
Elle leur demanda ce quils voulaient.
Le petit Poucet lui dit quils £taient de pauvres
enfants qui setaienl perdue dans la fore! et qui
demandaient a eoucher par charite.


La femme de logre, en entendant frapper son mari, fait
cacher les sept enfants sous le lit et va ouvrir la porte.


Je te repete encore une fois que je sens la chair fraiche
secria logre en flairant a droite et a gauche.


8
Cette femme, les voyant tous si jobs, se mit
a pleurer et leur dit :
Helas t mes pauvres enfants, oii &tes-voos
venus? Cest ici la maison dun ogre qui mange
V -
ies pelits enfants.
Helas t madame, lui repondit le petit Poucet,
qui tremblait de toute sa force aussi bien que ses
freres, que ferons nous? II est bien sur que les
loups de la foret ne manqueront pas de nous
manger cette nuit si vous ne voulez pas nous
retirer chez vous ; et, cela etant, nous aimons
mieux que ce soit monsieur qui nous mange;
peut-etre qu'il aura pitie de nous. '
La femme de Pogre les laissa entrer et les
mena se chauffer aupres dun bon feu, car il y
avail un mouton lout enlier a la broche pour le
sou per de logre.


II alia prendre son grand couteau, et en approchantde ces
pauvres enfants il laiguisait sur une longue pierre.


Comrrie ils commenfaient a se chauffer, ils en-
tendirent heurter trois on quatre grands coups a
la porle: celait 1ogre qui revenail. Aussitot sa
femme les fit cacher sous le lit et alia ouvrir la
porte. v
Logre demanda d'abord si le souper £tait pret
j et si on avail tire du vin, et aussitot il se mit a
I table. 11 flairait a droite et a gauche, disant quil
| 1
i sentait la chair fraiche.
I
11 faut, lui dit sa femme, que ee soit ce
i . 1
veau que je viens de depouiller, que vous sentez.
Je sens la chair fraiche, le dis-je, repondit
Fogre en regardant sa femme de travers; et il
se leva de table et alia droit au lit.
! Ah! ah! ditil, voila du gibier qui me vient
| bien a propos pour trailer trois ogres de mes amis
\ qui doivent me venir voir ces jours-ci.


Les sept titles de logre 6taient couchees dans la meme
chambre, ayant chacune une couronne dor sur la tete.


10
II les lira de dessous le lit fun apres faulre;
ces pauvres enfants se mirent a genoux en lui
demandant pardon.
Mais ils avaient affaire au plus cruel de tous
les ogres.
II alia prendre un grand couteau et en appro-
chant de ces pauvrgs enfants, il faigufsait .sur
une longue pierre.
11 en avait deja empoigne un, lorsque sa femme
lui dit:
Vous avez encore tant de viande : voila un
veau, deux moutons et la moitie dun cochon. 1
Tu as raison, dit logre; donne-leur bien k
souper afm quils ne maigrissent pas et va les
*
mener coucher. x
Pour log-re, il se remit a boire. II but une
douzaine de coups de plus qtia fordinaire, ce



Logre sapproche a tatons, et ayant trouve les bonnets des
gardens sur la tete de ses filles, les egorge a linstant.


n
qui lui donna un peu dans la tete et lobligea de
saller coucher.
Logre avait sept filles qui netaient encore que
des enfants; on les avait fait coucher de bonne
heure, et elles etaient toutes sept dans un grand
lit, ayant chacune une couronne dor sur la t&te.
II y avait dans la meme chambre un autre
lit de la meme grandeur; ce fut dans ce lit
que la' femme de logre mit coucher les sept
garfons.
Le petit Poucet, qui avail remarque que les lilies
de logre avaient des couronnes dor sur la tetc, et
qui craignait quil no prit a logre quelque remords
de ne pas les avoir egorg^s des le soir meme,
se leva vers le milieu de la nuit et, prenant les
bonnets de ses freres et le sien, il alia doueement
les meltre sur la tete des filles et placa leurs


Logre jeta aussitdt une potee d'eau fraiche au nez de sa
femme pour la faire revenir de son evanouissement.


12
couronnes d'or sur la tete de ses freres et sur
la sienne.
La chose reussit eomme il lavait pensA; car
logre selant reveille sur le rainuit, monla a talons,
a la chambre de ses filles et sapprocha du lit ou
Alaient les petits gargons; ayant senli des cou-
ronnes sur leurs tetes, 1ogre alia au lit de ses
filles, et sentant des bonnets de garcons, il coupa,
*
sans balancer, la gorge a ses sept filles; apres
quoi il salla recoucher.
Aussitot que le petit Poucet, entendit ronfler
Pogre, il reveilla ses freres et les fit ha&iller; ils
descendirent dans le jardin et sauterent par-dessus
les murailles. 11s coururent presque toute la nuit.
Logre, selant reveille, dit a sa femme:
Va-ten la-haut habiller ces petits droles
dhier au. soir. Logresse monta en haul. Lors-


11s virent logre qui allait demontagnes en montagnes etqui
traversait des rivieres dans lespoir de les rattraper.


13
quelle aper$ut ses sept lilies egorgees et nageanl
dans leur sang,, elle sevanouit.
Logre monta quelque temps apres ; lorsquil vit
cet affreux spectacle, il sdcria :
Ah quai-je fait! 11s me le payeront, les
naalheureux, et tout a rheure !
11 jeta aussitdt une polee d*eau dans le nez de
sa femme et 1'ayant fait, revenir :
Donne-moi vile mes bottes do sept lieues,
Ini dit-il, afin que faille les attraper.
11 se mil en campagne et, apres avoir couru de
tous cotes, il entra enfin dans le chemin ou mar-
chaient ces pauvres enfants, qui ndtaienl plus
qua cent pas du logis de lour pere.
11s virent logre qui allait de montagnes en
montagnes et qui traversait les rivieres aussi aise-
ment quil aurail fait du moindre ruisseau.


Le petit Poucet setant approehe de logre, lui tira douee-
ment ses bottes de sept lieues et les mit aussitdt.


14
Le pelil Poucet fit cacher ses freres dans lc
creux duii rocher et s'y fourra aussi, regardant
toujours ce que Pogre deviendrait.
Logre nen pouvant plus de fatigue, vint
sasseoir sur la roche et sy endormit d un pro-
fond sommeil. Le petit Poucet dit a ses freres de
gagner promptement la maison; ensuite, s'etant
approche de 1ogre, il lui tira doucement ses boetls
et les mit aussilot. Ges bottes, qui elaient fees,
sajusterenl a ses pieds coinme si elles eussent ete
faites pour lui.
II alia droit a la maison de Pogre, ou il trouva

sa femme qui pleurait aupres de ses filles
egorgees.
Votre mari, lui dit le petit Poucet, a ete
pris par une troupe de voleurs qui ont jure de le
tuer sil ne leur donne tout son or et tout son


Logresse lui donna tout. Le petit Poucet, charge des tresors
de logre, sen revint au logis de son pere.


; 15 --
argent; comme la chose presse beaucoup, il ma
prete ses bottes de sept lieues pour faire diligence.
La bonne femme, fort effrayee, lui donna
aussitol tout ce quelle avait; et le petit Poucet,
charge de toutes les richesses de logre, sen
revint au logis de son pere, ou il fut recu avec
bien de la joie.


IPS
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La Poup£e- du Petit Noel.
La Jqurn£e de Marguerite.
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Henri le Petit Fanfaron
Mlle l I mpati ente
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